Vendredi 17 avril 2020 à 06h03

Distanciation sociale ! C'est moche comme expression ! C'est comme « attestation dérogatoire » ou « comorbidité ». Cette pandémie, outre qu'elle abime ou détruit les poumons, nous met en bouche des mots laids, pas des mots beaux qu'on se plairait à articuler, à faire sonner, à moduler comme une chanson douce, non, des mots qui font mal au fond de la gorge comme après une toux sèche et douloureuse, un crachat qui ne viendrait pas! « Distanciation sociale ». C'est une sanction, une pénitence, un verdict sans appel. Un « vade retro » un refus de l'autre, un « pas ce soir chéri, j'ai la migraine », c'est « l'auberge du cul tourné » de la vie en société. L'enfer pour le bonobo. Alors, vous pensez, pour moi l,ours qui ne suis que câlins, caresses apaisantes et gros poutous ( il est au chômage lui aussi ), bras tendus pour étreindre, mains ouvertes et doigts écartés ( si vous regardez comment on m'a fabriqué, vous pouvez mesurer l'effort que ça me demande d'écarter les doigts...) et les yeux dont la charge amoureuse a dépassé la cote d'alerte; pour moi la distanciation sociale c'est un supplice quoditien qui s'ajoute aux multiples petits et grands tourments du confinement. Et pourtant chaque matin, je me dresse lourd et pataud sur mes grosses papattes de plantigrade d'opérette et je vais rejoindre mon maître dont la chevelure , telle une Panzer Division, part , chaque jour un peu plus, à l'assaut du front. ( ils vont se faire des couilles en or les coiffeurs, bientôt, enfin plus tard, enfin un jour peut être...). Chaque matin , je lui tends les bras et il craque car je suis si beau, et il me fait un gros bisou. Un bisou comme j'aimerais vous en faire un. Le jour où on aura le droit. Les mots qui disent le droit sont sans doute nécessaires, mais ils peuvent aussi faire mal. Ce matin j'écoute les « mots bleus » chantés par Christophe, ça sonne bizarre. Il a aussi chanté « les paradis perdus ». Les paradis où Adam et Eve vivaient à poil, sans distanciation sociale. C'était, il y a longtemps. Je suis en photo devant les jardins du palais de Blenheim, demeure somptueuse de Marlborough, celui partait en guerre. Chez nous c'est « Macron qui s'en va t en guerre! » Mon prince on a les stratèges qu'on peut. Bonne journée !